Depuis 2012, les consommateurs burkinabés font face
périodiquement aux pénuries de disponibilité de gaz butane. Les périodes de pic
de consommation (d’hivernages, de jeûnes
ou de fin d’années) ou au moindre changement
s’avèrent un calvaire pour les
ménages essentiellement et les taxis aussi ! Comment sécuriser
l’approvisionnement du gaz au Burkina Faso ? Faut-il bannir définitivement
toute subvention ? Faut-il interdire
les taxis et autres véhicules à gaz comme souhaitez par les autorités? Comment
résoudre définitivement cette crise de l’énergie de cuisson ?
30 octobre 2016, c’est la date butoir qui été décidé par le gouvernement du Burkina Faso
pour mettre fin à l’utilisation du gaz butane
dans les véhicules à usage de transport.
Cependant aujourd’hui en 2018, cette
date butoir est loin d’être respecté. Le gaz butane fortement subventionné par
le gouvernement est destiné prioritairement aux ménages pour la cuisson des
aliments. En effet, l’état à travers La Société
nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) est l’unique et principal
fournisseur de gaz butane du pays. Pays sahélien, le Burkina dans un souci de
préservation de l’environnement a mis en place des politiques de subvention
depuis plus de trente ans du gaz butane
pour la cuisson des ménages. C’est ainsi que la bouteille de 6kg qui coûte normalement 3 500 à
3 700 F CFA coûte 2000 de nos jours . La bouteille de 12kilo est
passée de 4000 à 5000 CFA récemment en
2013. Le taux de la subvention était en 2012 de 69% pour les bouteilles de
1 à 6 kg et de 61% pour les bouteilles de 6 kg à 12,5kg. Malgré cette forte
subvention, l’utilisation de cette énergie pour la cuisson des ménages reste un
phénomène très urbain. Le taux d’accès des ménages au gaz butane est de 4,8%[1]
au plan national ce qui signifie que la
majorité des ménages en milieu rural utilise encore la biomasse.
Indisponibilité ? Cherté ? Accessibilité ? Les raisons de sa
pénétration limitée en milieu rurale restent à documenter. En attendant
d’accéder aux plus grand nombre des ménages, cette subvention du butane fait le
bonheur d’une catégorie des populations : les taximen.
Phénomène récent ou ancien selon
les pays, l’on s’accorde à signaler son arrivée à la faveur des flambée des
prix du pétrole sur le marché
internationale, notamment celui de 2008. Au Burkina ce phénomène des taxis à
gaz a été signalé courant 2008 -2009 dans les deux grandes villes du pays à
savoir Bobo Dioulasso et Ouagadougou. Aujourd’hui en 2016, pas moins de 2002
taxi ont été recensés par la fédération des taximen au Burkina Faso. Ce dernier
invite ses membres à cesser la pratique vu la pression du gouvernement. Le cas du Burkina n’est pas isolé. Un tour
rapide dans les pays voisins confirme que le phénomène est durablement
installé. Côte d’Ivoire, Togo et Ghana, connaissent l’utilisation du gaz par les
véhicules de transports en commun notamment les taxis. Si au Burkina et en côte
d’ivoire, répression et sensibilisation
vont de pair, au Ghana et au Togo, le phénomène est toléré voir
accepté au Ghana. Quoi de plus normal, les Ghanéens sont réputés experts en
matière de transformation et adaptation des moteurs de l’essence et du diésel en gaz.
En finir avec les taxis à gaz : objectif réalisable ?
Pour certains les bénéfices sur
l’environnement en termes de faible
émission de ces taxi doivent être encouragé. Mais les arguments avancés par les
taximen sont essentiellement économiques. Même si dans un premier temps
l’adaptation du moteur d’essence et du
diesel en gaz coûte entre 100 000 et 150.000, elle est vite amortie par
les gains journaliers. Dans une interviews , un taximen déclarait
[2]« Une
bouteille de gaz de 12 Kg, chargée à 4 000 F CFA[3],
me rapporte 8 000 F CFA pour une durée d’utilisation de 10 heures en moyenne. Ce
qui me fait un bénéfice de 4000 F CFA par bouteille ». « Avec 8000 F
CFA d’essence, je ne fais pas plus de 10 000 FCFA de recettes, ce qui donne un
bénéfice insignifiant de 2 000 F CFA. Ce n’est pas à comparer avec le
gaz ». Vu les recettes, de grand doute
subsiste quant à la volonté réelle de ces derniers d’abandonner le phénomène.
Gaz ou essences, le prix de la course a aussi connu une augmentation ces
dernières années passant de 200cfa à 300cfa.
Cette utilisation du gaz
pour le transport est inopportune et illégal en ce sens qu’il
fausse l’esprit de la subvention. Les deux mille deux (2 002) [4]
taxis à gaz de Ouagadougou et de Bobo Dioulasso contribuent fortement à la
pénurie récurrente de gaz butane ces dernières années. En outre la pénurie
oblige les populations à se rabattre une fois de plus sur le bois ou le charbon
de bois. Du coup l’objectif première de la subvention qui était de préserver
l’environnement se trouve faussé par cette fausse pénurie. En refusant de
prendre le carburant, les taximen sont
comme des passagers clandestins qui bénéficient d’une subvention qui ne leur
point destiné. En se soustrayant aux carburants, ces derniers refusent de payer
des taxes qui aident au développement du pays. Quelle manque à gagner au
quotidien en termes de taxes carburants?
Cette situation compromet sérieusement l’objectif décliné dans la
stratégie Sustainable Energy for All qui est « d’atteindre un taux de
pénétration de gaz butane de 40% en milieu urbain et 10% en milieu rural à
l’horizon 2020 » En attendant, les syndicats des taximen du Burkina Faso
demandent des mesures d’accompagnement pour progressivement stopper
l’utilisation du LPG ou Gaz butane par ses membres : aide du gouvernement
pour le renouvellement du parc des véhicules,
octroi de prêt pour la reconversion à nouveau, baisse
des prix du carburant etc. Quoique ces derniers reconnaissent une baisse du
prix du carburant par le gouvernement jugé encore insuffisante ! Pas si
sûr que ces requêtes aient une oreille attentive vu la situation économique,
sociale et politique du pays. En outre,
si la pratique perdure dans les pays voisins !
Supprimer la subvention au butane ?
La persistance des pénuries
chroniques et le détournement d’usage de l’utilisation du LPG ou butane pourra mettre sur la table
l’opportunité de la suppression de la subvention. Rien que de l’évoquer dans le contexte actuel du pays, vous avez à dos les consommateurs, les
syndicats et populations et même les ONG et associations actives dans
l’environnement pour une bonne raison.
La suppression de la subvention engendrera un prix élevé du gaz, qui réduira le
nombre des consommateurs. Le peu de personnes utilisant le gaz butane vont se
rabattront à nouveau sur la biomasse et le charbon de bois accélérant la déforestation. Comment reverser cette
subvention aux ménages sous d’autre forme ? Pas évident que la suppression permettra aux
taximen de réutiliser les carburants en lieu et place du gaz. Pour l’heure ce
scénario est une théorie. Pourquoi blâmer l’ensemble de la population pour les
actes d’une partie ? Mais le débat devra tôt ou tard être mis sur la
table.
Ouvrir le marché ?
Le Burkina Faso importe la
quasi-totalité de sa consommation c’est-à-dire 100% du butane des pays voisin : Benin, Togo,
Côte d’ivoire. La société nationale
dispose d’un monopole sur le transport et le conditionnement des
produits. La distribution étant dévolue
aux privés. Mais certains distributeurs
privées souhaitent une ouverture du marché. Selon ces derniers
l’ouverture du marché au niveau de l’achat, du transport, du conditionnement ne
pourra qu’être bénéfique au consommateur.
Cette ouverture et le jeu de la concurrence est important pour stimuler
l’investissement dans le secteur. L’Etat ne jouera que son rôle de garant. Cependant la gestion du privé dans ce domaine
aussi stratégique n’est pas du goût de tout le monde. En 2015, la grève des chauffeurs /transporteurs
de produits pétroliers avait plongé non seulement le pays dans le noir mais
aussi ralentie les activités économiques. D’autres exemples non moins
reluisants de cessation de monopole de l’état
sont illustratifs. Ces privatisation n’ont aucunement permis d’améliorer
la qualité ni le prix du service ! Pis les consommateurs
sont lésés et les griefs contre les privés ne manquent pas.
Quelle solution durable sur le long
terme ?
Avons-nous réellement le
choix pour un pays qui ne produit pas du butane ? Qu’adviendra-t-il
aux taximen qui ne respecterons pas cette mesure ? Que faire si les particuliers
s’y mettent ? A ce stade, la problématique
de l’existence ou non d’une loi
punissant la pratique n’est plus approprié mais les contributions concrètes de règlement du
problème au-delà de la simple répression mis sur la table. C’est à ce niveau que le concours des experts
et de l’ensemble des couches de la population
est attendu. Comment reformer le système pour un accès des populations à
l’énergie de cuisson durable et pourquoi pas renouvelable ? Un débat franc
et ouvert tenant compte du contexte national et international peut aboutir à des solutions adaptées. Nos
habitudes de consommation et de mode de vie ont radicalement transformé le slogan « l’eau c’est la vie » en
« l’énergie c’est la vie » pour les populations du sahel !
Minata Coulibaly
Knowledge manager PAC West
Africa.
[2] http://lefaso.net/spip.php?article33607
Kader Patrick KARANTAO (stkaderonline@yahoo.fr) de sidwaya (interview d’octobre 2009)
[3] Le prix
de la bouteille de 12 kilogramme a été revu à la hausse en 2013. Elle coûte
5000cfa.
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