lundi 12 mars 2018

Les pénuries récurrentes de butane au Burkina Faso : faut-il repenser le système ?


Depuis 2012,  les consommateurs burkinabés font face périodiquement aux pénuries de disponibilité de gaz butane. Les périodes de pic de consommation  (d’hivernages, de jeûnes ou de fin d’années) ou au moindre changement  s’avèrent  un calvaire pour les ménages essentiellement et les taxis aussi ! Comment sécuriser l’approvisionnement du gaz au Burkina Faso ? Faut-il bannir définitivement toute subvention ? Faut-il  interdire les taxis et autres véhicules à gaz comme souhaitez par les autorités? Comment résoudre définitivement cette crise de l’énergie de cuisson ?
30 octobre 2016, c’est la date  butoir qui  été  décidé par le gouvernement du Burkina Faso pour  mettre fin à l’utilisation du gaz butane dans les véhicules à usage de  transport. Cependant  aujourd’hui en 2018, cette date butoir est loin d’être respecté. Le gaz butane fortement subventionné par le gouvernement est destiné prioritairement aux ménages pour la cuisson des aliments.  En effet, l’état à travers La Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) est l’unique et principal fournisseur de gaz butane du pays. Pays sahélien, le Burkina dans un souci de préservation de l’environnement a mis en place des politiques de subvention depuis plus de trente ans  du gaz butane pour la cuisson des ménages. C’est ainsi que la bouteille de 6kg qui coûte normalement  3 500 à 3 700 F CFA coûte 2000 de nos jours . La bouteille de 12kilo est passée de 4000  à 5000 CFA récemment en 2013. Le taux de la subvention était en 2012 de 69% pour les bouteilles de 1 à 6 kg et de 61% pour les bouteilles de 6 kg à 12,5kg. Malgré cette forte subvention, l’utilisation de cette énergie pour la cuisson des ménages reste un phénomène très urbain. Le taux d’accès des ménages au gaz butane est de 4,8%[1] au plan national ce qui signifie que  la majorité des ménages en milieu rural utilise encore la biomasse. Indisponibilité ? Cherté ? Accessibilité ? Les raisons de sa pénétration limitée en milieu rurale restent à documenter. En attendant d’accéder aux plus grand nombre des ménages, cette subvention du butane fait le bonheur d’une catégorie des populations : les taximen.  
Phénomène récent ou ancien selon les pays, l’on s’accorde à signaler son arrivée à la faveur des flambée des prix du pétrole  sur le marché internationale, notamment celui de 2008. Au Burkina ce phénomène des taxis à gaz a été signalé courant 2008 -2009 dans les deux grandes villes du pays à savoir Bobo Dioulasso et Ouagadougou. Aujourd’hui en 2016, pas moins de 2002 taxi ont été recensés par la fédération des taximen au Burkina Faso. Ce dernier invite ses membres à cesser la pratique vu la pression du gouvernement.  Le cas du Burkina n’est pas isolé. Un tour rapide dans les pays voisins confirme que le phénomène est durablement installé. Côte d’Ivoire,   Togo et  Ghana, connaissent l’utilisation du gaz  par  les véhicules de transports en commun notamment les taxis. Si au Burkina et en côte d’ivoire,  répression et sensibilisation vont de pair,  au Ghana  et au Togo, le phénomène est toléré voir accepté au Ghana. Quoi de plus normal,  les Ghanéens sont réputés   experts en  matière de transformation et adaptation des moteurs  de l’essence et du diésel en gaz.

En finir avec les taxis à gaz : objectif réalisable ?

Pour certains les bénéfices sur l’environnement  en termes de faible émission de ces taxi doivent être encouragé. Mais les arguments avancés par les taximen sont essentiellement économiques. Même si dans un premier temps l’adaptation  du moteur d’essence et du diesel en gaz coûte entre 100 000 et 150.000, elle est vite amortie par les gains journaliers. Dans une  interviews , un taximen  déclarait  [2]«  Une bouteille de gaz de 12 Kg, chargée à 4 000 F CFA[3], me rapporte 8 000 F CFA pour une durée d’utilisation de 10 heures en moyenne. Ce qui me fait un bénéfice de 4000 F CFA par bouteille ». « Avec 8000 F CFA d’essence, je ne fais pas plus de 10 000 FCFA de recettes, ce qui donne un bénéfice insignifiant de 2 000 F CFA. Ce n’est pas à comparer avec le gaz ».  Vu les recettes, de grand doute subsiste quant à la volonté réelle de ces derniers d’abandonner le phénomène. Gaz ou essences, le prix de la course a aussi connu une augmentation ces dernières années passant de 200cfa à 300cfa.
Cette utilisation du gaz pour  le transport  est inopportune et illégal en ce sens qu’il fausse l’esprit de la subvention. Les  deux mille deux (2 002) [4] taxis à gaz de Ouagadougou et de Bobo Dioulasso contribuent fortement à la pénurie récurrente de gaz butane ces dernières années. En outre la pénurie oblige les populations à se rabattre une fois de plus sur le bois ou le charbon de bois. Du coup l’objectif première de la subvention qui était de préserver l’environnement se trouve faussé par cette fausse pénurie. En refusant de prendre le carburant, les taximen  sont comme des passagers clandestins qui bénéficient d’une subvention qui ne leur point destiné. En se soustrayant aux carburants, ces derniers refusent de payer des taxes qui aident au développement du pays. Quelle manque  à gagner au  quotidien en termes de taxes carburants?  Cette situation compromet sérieusement l’objectif décliné dans la stratégie Sustainable Energy for All qui est « d’atteindre un taux de pénétration de gaz butane de 40% en milieu urbain et 10% en milieu rural à l’horizon 2020 » En attendant, les syndicats des taximen du Burkina Faso demandent des mesures d’accompagnement pour progressivement stopper l’utilisation du LPG ou Gaz butane par ses membres : aide du gouvernement pour le renouvellement du parc des véhicules,  octroi de prêt pour la reconversion à nouveau,   baisse des prix du carburant etc. Quoique ces derniers reconnaissent une baisse du prix du carburant par le gouvernement jugé encore insuffisante ! Pas si sûr que ces requêtes aient une oreille attentive vu la situation économique, sociale et politique  du pays. En outre, si la pratique perdure dans les pays voisins !

Supprimer la subvention au butane ?

La persistance des pénuries chroniques et le détournement d’usage de l’utilisation du LPG ou  butane pourra mettre sur la table l’opportunité de la suppression de la subvention. Rien que de  l’évoquer dans le contexte actuel du pays,  vous avez à dos les consommateurs, les syndicats et populations et même les ONG et associations actives dans l’environnement  pour une bonne raison. La suppression de la subvention engendrera un prix élevé du gaz, qui réduira le nombre des consommateurs. Le peu de personnes utilisant le gaz butane vont se rabattront à nouveau sur la biomasse et le charbon de bois accélérant  la déforestation. Comment reverser cette subvention aux ménages sous d’autre forme ?   Pas évident que la suppression permettra aux taximen de réutiliser les carburants en lieu et place du gaz. Pour l’heure ce scénario est une théorie. Pourquoi blâmer l’ensemble de la population pour les actes d’une partie ? Mais le débat devra tôt ou tard être mis sur la table.

Ouvrir le marché ?

Le Burkina Faso importe la quasi-totalité de sa consommation c’est-à-dire 100%  du butane des pays voisin : Benin, Togo, Côte d’ivoire. La société nationale  dispose d’un monopole sur le transport et le conditionnement des produits. La distribution étant dévolue  aux privés. Mais certains distributeurs  privées  souhaitent  une ouverture du marché. Selon ces derniers l’ouverture du marché au niveau de  l’achat, du transport, du conditionnement ne pourra qu’être bénéfique au consommateur.  Cette ouverture et le jeu de la concurrence est important pour stimuler l’investissement dans le secteur. L’Etat ne jouera que son rôle de garant.  Cependant la gestion du privé dans ce domaine aussi stratégique n’est pas du goût de tout le monde.  En 2015, la grève des chauffeurs /transporteurs de produits pétroliers avait plongé non seulement le pays dans le noir mais aussi ralentie les activités économiques. D’autres exemples non moins reluisants de cessation de monopole de l’état  sont illustratifs. Ces privatisation n’ont aucunement permis d’améliorer la qualité  ni  le prix du service ! Pis les consommateurs sont lésés et les griefs contre les privés ne manquent pas.

 Quelle solution durable sur le long terme ?

Avons-nous réellement le choix  pour un pays qui ne produit pas du butane ? Qu’adviendra-t-il aux taximen qui ne respecterons pas cette mesure ? Que faire si les particuliers s’y mettent ? A ce stade, la problématique  de  l’existence ou non d’une loi punissant la pratique n’est plus approprié mais  les contributions concrètes de règlement du problème au-delà de la simple répression mis sur la table.  C’est à ce niveau que le concours des experts et de l’ensemble des couches de la population  est attendu. Comment reformer le système pour un accès des populations à l’énergie de cuisson durable et pourquoi pas renouvelable ? Un débat franc et ouvert tenant compte du contexte national et international  peut aboutir à des solutions adaptées. Nos habitudes de consommation et de mode de vie ont radicalement transformé  le slogan «  l’eau c’est la vie » en «  l’énergie c’est la vie » pour les populations du sahel ! 
Minata Coulibaly
Knowledge manager PAC West Africa.


[2] http://lefaso.net/spip.php?article33607 Kader Patrick KARANTAO (stkaderonline@yahoo.fr)  de sidwaya (interview d’octobre 2009)
[3] Le prix de la bouteille de 12 kilogramme a été revu à la hausse en 2013. Elle coûte 5000cfa.
 

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